Les Fleurs du mal SPLEEN ET IDÉAL L'IrremédiableI Une Idée, une Forme, un Être Parti de l'azur et tombé Dans un Styx bourbeux et plombé Où nul œil du Ciel ne pénètre ; Un Ange, imprudent voyageur Qu'a tenté l'amour du difforme, Au fond d'un cauchemar énorme Se débattant comme un nageur, Et luttant, angoisses funèbres ! Contre un gigantesque remous Qui va chantant comme les fous Et pirouettant dans les ténèbres ; Un malheureux ensorcelé Dans ses tâtonnements futiles, Pour fuir d'un lieu plein de reptiles, Cherchant la lumière et la clé ; Un damné descendant sans lampe, Au bord d'un gouffre dont l'odeur Trahit l'humide profondeur, D'éternels escaliers sans rampe, Où veillent des monstres visqueux Dont les larges yeux de phosphore Font une nuit plus noire encore Et ne rendent visible qu'eux ; Un navire pris dans le pôle, Comme en un piége de cristal, Cherchant par quel détroit fatal Il est tombé dans cette geôle ; — Emblèmes nets, tableau parfait D'une fortune irremédiable, Qui donne à penser que le Diable Fait toujours bien tout ce qu'il fait !II Tête-à-tête sombre et limpide Qu'un cœur devenu son miroir ! Puits de Vérité, clair et noir, Où tremble une étoile livide, Un phare ironique, infernal, Flambeau des grâces sataniques, Soulagement et gloire uniques, — La conscience dans le Mal ! Source: Wikisource

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charles baudelaire
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